HOMMAGE A KUTCHALA SUTCHI, PARCOURS ATYPIQUE D’UN ARTISTE AMBITIEUX ET TALENTUEUX

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De son vrai nom GLOHOU Bossio Verger, l’artiste KUTCHALA Sutchi, n’est plus. Il est décédé le jeudi 19 juin dernier des suites d’une longue maladie, selon Ange DIEHI, le Président du CAMAZA (Collectif des Communicateurs et Managers des Artistes du Zarabaon) dans le département de Bangolo.

Fils de GLOHOU Joseph, fonctionnaire du Trésor [il fut adjoint au Maire à Yopougon et membre (à l’époque) du Cercle National Bédié], le géniteur (décédé le 11 novembre 2015) a été également promoteur culturel. GLOHOU, père, a été le fondateur du mythique complexe culturel Le Mont Zatro. Cet espace culturel, situé à Yopougon Selmer, a été dans les années 1980 le point focal de l’expression des musiques de l’ouest de la Côte d’Ivoire.
Que GLOHOU fils devienne un artiste, un rocker (Metal rock) “issu de la grande famille de la pop music”, ne surprend guère.

Dans un article publié sur les réseaux sociaux par le Journaliste Koné Saidoo, nous pouvons lire une vraie historique sur la carrière de l’artiste Wê, le Rocker patenté venu des fins de la forêt du Zarabahon, cette vaste contrée du département de Bangolo, c’est dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Selon le Journaliste, Kutchala , c’est la rencontre de certains hommes du milieu qui a donné forme au désir qui couvait en lui d’être un jour artiste musicien-chanteur”. Paul Wassaba et Benoît Kassi, ses professeurs de musique qui lui enseigneront les bases théoriques. Sans oublier RAMEKELI, un expatrié américain, qui apprit à Kutchala la gratte, de façon pratique, d’une guitare. C’est donc véritablement dans les années 80, précisément en 1987, que Bossio Verger – partagé entre cinéma et musique – voit s’allumer en lui la flamme de la musique.

Il s’appellera Kutchala Sutchi. La flamme éternelle. Un pseudonyme que l’artiste tire du livre sacré Veda (Inde) dont les “textes, selon la tradition, ont été révélés aux sages indiens nommés Rishi” (Wikipédia). Son orientation musicale sera le Metal Rock qu’il conçoit pour éveiller les consciences. Une sorte de pop sauvage qu’il a dignement porté étant le chef de la “Tribue sauvage”. Une musique, selon lui, “de combat qui attire l’attention sur certains enjeux de l’humanité”. « Je suis de la grande famille de la pop music. Je flirte aussi avec le rock. C’est ce créneau que j’ai choisi porter mon message. Je fais de la musique pentatonique qui est pour moi l’essence, la base de tous les rythmes africains. Avec la pentatonique c’est le do, ré, mi, la, sol et non do, ré, mi, fa, sol, la. C’est ce que chantaient nos aïeux esclaves dans les champs de canne à sucre aux Etats-Unis”, confiait Kutchala Sutchi à un journal en 2015.

Avant de trouver son chemin dans l’underground musical ivoirien, Kutchala Sutchi s’entourera des “Galagirs”, une bande qu’il crée en 1990 puis les “Blacks serpents”. L’année d’après, il crée Mysti-co (1991) qui lui permettra, quatre ans plus tard (1995), d’accéder à la finale Cocody Rock Stars, un concours organisé par la Mairie de Cocody.

Parallèlement à sa musique qui ne lui a pas encore ouvert les portes du succès, Kutchala ne donne pas dos à sa passion pour le cinéma. Suite à une formation au Centre International de la Formation des Cadres Cinématographiques, où il en sort major de sa promotion, il bénéficie d’une bourse de la Fédération des Associations Culturelles d’Afrique et du Monde (FACAM) pour étudier en Europe.

A son retour à Abidjan, Kutchala, toujours rock, sort en 2001 “Le Metal”, son premier album de huit titres. Mais, c’est “Oxmos” sorti en 2004 qui lui ouvre, enfin, les portes du succès. Quand, cinq ans plus tard, il sort (avril 2009), l’album intitulé “Le Temps du Gorille”, le titre “Gomanan” qui en est extrait lui permet de remporter en 2010 le concours artistique Star Africa Sounds.
Membre de la l’Union nationale des artistes Côte d’Ivoire (Unartci), Kutchala Sutchi était le commissaire chargé de l’éthique et de l’image. “Né sous le signe du lion, Glohou Bossio Verger vient d’une lignée de chefs coutumiers. On lui conseilla très tôt de ne pas couper ses cheveux [longtemps il portera des locks – dread] car il est le descendant de Pohan Gnan Djoua, un grand chef qui, toute sa vie durant, n’avait jamais ri”, dixit Soul OULAÏ (2009).

Parlant de Kutchala Sutchi, Le Commandant Fofié alors Commandant de Zone à Korhogo lors du passage de l’artiste dans le cadre des sillons de la paix disait ceci de lui : « la verité sort de la bouche des enfants certes, mais aussi des fous. Continue sur cette lancée contre vents et marée. Cette force et cette énergie qui se dégagent de toi et dont on ressent les vibrations à travers ta musique parlent à l’âme et te permettront d’aller encore plus loin ». En ce temps là aussi, la Diva Aicha Koné avait d’ailleurs été la première à se lever pour aller couvrir de billets de banque sur scène le phénoménal Sutchi.
Ambitieux, Kutchala Sutchi l’était. Il prévoyait faire du Complexe Culturel Le Mont Zatro, un véritable antre musical qui devait polariser toutes les actions culturelles du Grand Ouest ivoirien. Mais hélas, la maladie aura raison de lui et l’emporteras sans qu’on ne puisse y rien faire.

KUTCHALA Sutchi était très actif dans la sphère musicale ivoirienne car membre des instances de l’URNATCI, du BURIDA et proche collaborateur du Président des artistes ivoiriens Ken Adamo.

Pour ses obsèques, le Collectif des Communicateurs et Managers des artistes du Zarabaon (CAMAZA) compte lui rendre un vibrant hommage jusqu’à son inhumation prévue selon le programme ci-dessous :

Samedi 11 juillet 2020 : Hommage du CAMAZA
Samedi 01 août 2020 : Veillée artistique
Samedi 08 aout 2020 : veillée traditionnelle
Vendredi 14 août 2020 : levée du corps suivie du transfert à Pinhou/ Zarabaon
Samedi 15 août 2020 : Inhumation au cimetière dudit village

Adieu l’artiste.

Charles Lebon

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